Santé et bien-être

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E. Pijogge parle du long chemin parcouru et des forces qu’elle a trouvées en elle-même

Quand tu es une jeune femme et que tu as grandi dans une petite communauté, entourée de personnes de confiance, pour la plupart, personne ne te parle des dangers qui t’attendent au tournant. Quand ma sœur a disparu, un homme s’est précipité pour me soutenir, et je suis tombée en amour. Le sexe était fantastique, surtout après nos disputes intenses.

Mais il avait un penchant pour les filles vulnérables. C’est devenu évident quand j’ai repris suffisamment de forces pour prendre soin de moi, travailler et me lancer dans des projets. Il a tout fait pour me briser. « Tu ne vaux rien, tu fais la fière, mais tu n’es rien qu’une p—tain. »

Je commence enfin à m’en remettre, presque un an après l’avoir quitté sans rien emporter que les vêtements que je portais.

Ça ne veut pas dire que les prédateurs sont sortis de ma vie. Juste hier, j’ai vu mon conseiller et il m’a tendu de l’argent et il prenait toutes les occasions pour me toucher. Je suis complètement fauchée, mais j’ai d’abord refusé l’argent. Il a insisté, et j’ai cédé, évidemment. Je ne sais pas comment je vais manger ni payer mon loyer.

À qui peut-on faire confiance dans ces cas-là? Quand même un conseiller des Services aux victimes se conduit de cette façon?

Une autre chose dont personne ne parle aux femmes autochtones, c’est à quel point il est difficile de se protéger de ce genre de situations. Parfois, tu dois prendre un risque pour éviter de te trouver à la rue, parfois, quelqu’un à qui tu pensais pouvoir faire confiance te fait du mal.

Je ne sais toujours pas trop comment gérer ça, mais je suis contente de voir que c’est un problème général, une façon dont les femmes sont traitées, que ce n’est pas ma faute.

Je suis contente aussi d’avoir assez de forces pour entreprendre des projets, chercher du travail et m’occuper de moi du mieux que je peux. Je ne sais pas si ça va durer. C’est tout un chemin à parcourir, et je n’en suis qu’au début.

Alors, aux femmes qui traversent la même chose que moi, et à toutes celles qui portent le fardeau du paternalisme, je veux dire que c’est un début. Les femmes autochtones prennent conscience de leur situation, se font de plus en plus entendre et prennent des forces. Tu vaux quelque chose. Tu as plus de pouvoir et de force en toi que tu ne le penses.

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