Femme forte et histoires de survivants

L'histoire de Kelly: troisième partie

Quelques mois après mon déménagement, une épreuve a soudainement changé le cours de mon existence. Je fréquentais avec le monde de l’alcool et des drogues, un environnement bizarre que je maitrisais mal. Un soir, en rentrant chez moi, j’ai été brutalement agressée par six membres d’un gang bien connu à Winnipeg. Je me suis réveillée à l’hôpital dans le noir, sans aucun souvenir.

J’ai appris plus tard que j’avais subi quatre opérations à mon œil gauche. En vain, on a dû me le retirer et on m’a mis une prothèse oculaire. J’ai passé à peu près un mois dans deux hôpitaux différents à me remettre sur pied, sa savoir qui j’étais ni ce qui m’était arrivé.

C’était une situation surréaliste, comme si rien ne s’était passé. Des idées et des images effrayantes et parfois violentes me traversaient la tête. J’étais obsédée par la peur d’être agressée à nouveau par ces gens. Pourraient-ils me reconnaître? Savaient-ils où je vivais, allaient-ils me tuer? Je pensais à mes enfants, à ma famille et à amis, j’étais inquiète pour leur propre sécurité. J’ai passé une semaine dans le coma, sous médicaments. Je ne savais pas que j’avais perdu mon œil gauche, ma tête entière était couverte de bandages.

On ne m’a dit ce qui m’était arrivé que deux semaines plus tard. Je me suis sentie très seule dans mon lit d’hôpital. Pour la première fois, j’avais vraiment peur de l’avenir, peur pour moi aussi. Comme je ne savais pas ce qui s’était passé ni pourquoi cela m’était arrivé, j’en étais réduite à me demander « pourquoi moi? », « qu’est-ce que j’ai fait pour mériter cela? » J’en voulais à mon entourage, j’estimais que tous mes malheurs étaient de leur faute.

Kelly avec ses enfants, Arn et Mary.

Durant cette courte période à l’hôpital, je ne me reconnaissais plus, à tel point que j’avais coupé les ponts avec ma famille et mes amis. Au début, je passais mon temps à pleurer, seule, puis les pensées suicidaires et la déprime se sont installées. Le reste du temps, je dormais toute la journée et je refusais toute activité de la vie quotidienne. J’ai été diagnostiqué comme souffrant de syndrome de stress post-traumatique, de dépression et d’insomnie. Je ne sortais pas de chez moi à moins que deux ou trois personnes m’accompagnent, et c’était mes voisins qui faisaient mes courses la plupart du temps. Je ne sortais que pour aller à des séances de counseling ou chez le docteur. Là, j’ai bien été forcée de me confronter à la réalité. Alors j’ai essayé de reprendre ma vie en main.  

À 30 ans, je n’avais ni emploi, ni formation, ni avenir. Je voulais une vie comme celle des autres, mais je ne comprenais pas que j’aurais pu m’en sortir si j’avais cherché un peu et demandé de l’aide. Quand j’y repense maintenant, je me demande pourquoi je n’ai pas réalisé ça… Mais je n’étais pas prête, je ne voulais rien savoir, je ne voulais pas accepter un coup de main et je pensais je ne comptais pour personne.

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