Culture

Lumière et combat : deux aspects de l’expérience autochtone

Leanne Betasamosake Simpson répond à quelques questions au sujet de son dernier album de poésie : f (l) ight

Le dernier album de Leanne Betasamosake Simpson, auteure et musicienne, est une collection émouvante de poèmes-chansons. L’album parle de résistance autochtone, de colère envers la colonisation, d’amour profond pour les terres ancestrales et d’identité. Il évoque le fait que, même si les Autochtones sont souvent vus sous un jour tragique, il y a beaucoup de force et de beauté en eux.

Elle a répondu à nos questions sur sa façon de travailler avec des artistes non autochtones, sur le processus d’enregistrement et sur le message qu’elle souhaite adresser au public à travers ses chansons.

Tu peux écouter l’album dans son intégralité sur bandcamp.com 

Le nom de ton nouvel album évoque une tension entre combat et lumière (fight et light en anglais, NDT). De quelle tension parles-tu?

Le titre de l’album, F (l) ight, est la combinaison des mots anglais « fight » et « light », qui forme le mot « flight ». Ça parle de mon expérience en tant qu’Anishnabée de Mississauga vivant en 2016. Il y a de belles choses, la lumière dans ma culture et mon identité, mais nous vivons dans un état d’occupation, nous avons été violemment dépossédés de la plupart de nos terres. Le combat, c’est la résistance et la résurgence. J’aime l’idée de l’envol, parce que j’aime l’idée de m’échapper à Nishnaabewin, le mode de pensée et d’action qui construit des mondes autochtones parallèles.

Tu as travaillé avec plusieurs artistes sur cet album. Comment abordes-tu ces collaborations?

Pour moi, c’est le relationnel qui compte, parce que les relations sont essentielles dans ma culture. J’aime bien ajouter de la profondeur à mon travail en collaborant avec des artistes qui ont une autre sensibilité ou manière de faire. C’est comme ça qu’on bâtit des communautés. Une communauté nouvelle de gens a produit f (l) ight, quelque chose qui n’existant pas avant.

Les musiciens qui ont écrit et joué la musique —Tara Williamson, Ansley Simpson, Cris Derksen, Nick Ferrio, James Bunton et Jonas Bonnetta sont la fondation de l’album. Sans leur talent et leur inspiration, l’album n’existerait pas. Je suis vraiment chanceuse d’avoir pu bénéficier de leur générosité et de leur vision artistique.

J’ai aussi demandé à des cinéastes autochtones de produire 5 vidéos pour moi, et elles devraient sortir dans les prochains mois. C’est une façon de donner un aspect visuel à mon travail. La première est « How to Steal a Canoe », réalisée par Amanda Strong, une Métis. La deuxième est réalisée par Amos Scott, un Déné, pour la chanson « This Accident of Being Lost. »

Est-ce que les artistes non autochtones avec qui tu as travaillé ont dû s’adapter?

Bien sûr. Mon travail est engagé, et c’était important pour moi que les artistes non autochtones comprennent ce que j’essayais de faire et le contexte social et historique de la création musicale autochtone

Comment s’est passé l’enregistrement?

Nous avons presque tout enregistré pendant une semaine de canicule, pendant l’été 2015 à Toronto. Pour moi, c’était une question de confiance. Faire confiance au producteur, Jonas Bonnetta, à l’ingénieur du son James Bunton et aux autres musiciens. C’était intense et merveilleux à la fois.

Où as-tu fait tes enregistrements en extérieur?

Ceux du minomiin ont été faits dans mon jardin, ceux de la cabane à sucre chez Doug Williams, un aîné de la nation de Curve Lake, et nous avons enregistré les sons de la rivière Crowe à un endroit appelé The Gut, près d’Apsley, en Ontario. C’était merveilleux d’entendre le son du riz, de la cabane à sucre et de la rivière sur mon album. C’était important que Jonas et James m’accompagnent pour ces enregistrements sur mon territoire, qui a tant influencé l’écriture des paroles. C’était une partie essentielle du processus créatif pour moi, en fait.

Quel message souhaites-tu transmettre à ton public?

J’espère que les auditeurs autochtones se sentiront plus forts et réconfortés. Je veux que les auditeurs non autochtones ressortent de l’écoute de l’album avec une nouvelle idée de la musique autochtone et de l’indigénéité qu’ils perçoivent notre force et des mondes que nous habitons, et qu’ils voient notre combat sous un nouveau jour.

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