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Retourner chez moi

November 18, 2016
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Delilah Saunders explique comment sa grève de la faim en appui à Muskrat Falls l’a rapprochée du Nunatsiavut et d’elle-même

Tous ceux qui me connaissent savent que l’idée de retourner chez moi, au Nunatsiavut, m’angoisse. Depuis plus de dix ans, le Nunatsiavut ne ressemble plus au chez moi dont je désirais me rapprocher. Sécurité, amour, et surtout, un sentiment de communauté manquaient à l’appel. Déconnectée de ces terres et de moi-même, j’avais le mal d’un pays qui n’existait peut-être plus que dans mes souvenirs.

Ma quête d’un endroit où plonger mes racines m’a menée à Tofino, en Colombie-Britannique, avant mon retour à Halifax à la recherche de ma sœur, assassinée alors qu’elle était enceinte. J’avais déménagé à St. John’s quand j’avais quinze ans, et ai vécu un peu partout depuis, mais sans jamais y trouver ma place. Quand les choses tournaient mal, je rentrais en avion à Happy Valley-Goose Bay, avec un sentiment d’appréhension et de défaite. C’était presque devenu un rituel.

J’ai passé beaucoup de temps en compagnie d’idées noires, partout où j’allais. La culpabilité, la dépression, la honte et le manque d’estime de moi me collaient à la peau. Les endroits encore inconnus me semblaient pleins de promesses, jusqu’à ce que mes doutes me rattrapent.

J’ai commencé une grève de la fin de dix jours pour protester contre le projet de Muskrat Falls sans savoir grand-chose sur le sujet. Je n’étais pas rentrée depuis bien longtemps. Certains seront peut-être offensés ou confortés dans leurs impressions négatives de mon caractère par ce fait, mais cette décision a fait germer et grandir une spiritualité jusque-là insoupçonnée et un sens d’appartenance à la terre de mes origines. J’ai nourri mon âme traumatisée par une réflexion honnête sur moi-même, qui n’était possible qu’en me défaisant de tous les subterfuges réconfortants que j’avais utilisés pour masquer mon trouble intérieur.

Mon amour du Labrador, de ses paysages et de ses côtes, longtemps enfoui, a ressurgi, et c’est tout ce dont j’avais besoin pour commencer à m’ouvrir de nouveau. Je ne me contentais plus de tenter de protéger Billy, Jerry et moi-même, je me souciais de la santé de la Terre mère et de ceux et celles dont elle prend soin au Labrador.

J’ai appris comment prendre véritablement soin des autres, car nos vies sont liées les unes aux autres.

J’ai établi une relation honnête avec moi-même, j’ai fait face à l’adversité et renoncé aux vices qui me réconfortaient, tout en prenant soin de moi.

Tout cela a ouvert une toute nouvelle plaie, qui formera en guérissant quelque chose d’encore plus beau. Ce seront de bonnes cicatrices.

J’accepte enfin le concept d’un chez moi, avec tout ce que cela entraîne.

Source d'image: www.happyvalley-goosebay.com

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