Culture

Tea & Bannock : un blogue refuge pour les artistes visuels

Tenille Campbell parle de son blogue, qui crée une communauté de femmes autochtones photographes.

Tenille Campbell est originaire de la Première nation d’English River, en Saskatchewan. Elle est propriétaire de Sweetmoon Photography; elle a aussi lancé un blogue, Tea & Bannock sur un coup de tête, dans l’espoir de créer une communauté de femmes autochtones photographes qui pourraient s’épauler et parler de voir le monde à travers l’objectif, d’un point de vue autochtone.

Le blogue connaît un beau succès, et toutes celles qu’il touche apprennent et peaufinent leur art. Tenille a pris le temps de répondre aux questions de Nouveaux débuts. Elle parle de ce qui l’a poussée à créer le blogue, de son travail photographique, de ce que les contributrices apportent au projet et de ce que le blogue pourrait nous réserver à l’avenir.

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Photo par Tenille Campbell

Qu’est-ce qui t’a poussée à créer le blogue Tea & Bannock?

J’ai créé Tea & Bannock, avec Joi T Arcand, qui a patiemment écouté toutes mes idées et qui est la cocréatrice, parce que je voulais un espace de confiance où les femmes pourraient parler librement de leur expérience en tant que femmes, autochtones et artistes visuelles, et je voulais aussi créer un espace qui encourage l’esprit de communauté et le sentiment d’appartenance, plutôt que la compétition.

En cherchant un peu, j’ai trouvé toutes ces photographes qui commençaient à se faire un nom, et j’ai constaté que les gens en parlaient toujours comme s’il s’agissait de concurrentes. Mais ce que je voulais, c’était m’asseoir avec elles et discuter, leur demander sur quoi elles travaillaient, quels programmes elles utilisaient, ce qu’elles pensent des objectifs de 35 mm, si elles préféraient Canon, Nikon, ou une autre marque.

Je voulais pouvoir parler de mon travail avec des personnes qui comprendraient de quoi je parle quand je dis que je ne ferais jamais de « séance boudoir » avec des femmes autochtones, parce que je ne souhaite pas renforcer ce type de stéréotype, et quand je dis que j’essaie de trouver un style qui reflète notre force, en tant que femmes autochtones, sans nous nuire. Je voulais parler à des gens qui comprennent toutes ces choses-là.

Et c’est ce que je trouve dans Tea & Bannock, et j’espère que d’autres hommes et femmes autochtones aussi. Le blogue est encore jeune, mais j’ai déjà noué des liens avec plusieurs artistes par l’entremise de la rubrique « Featured Artists » [artistes en vedette, NdT] et aux billets d’invités. On échange différentes façons de créer, et c’est non seulement très utile en tant qu’artiste, c’est aussi un vrai plaisir.

As-tu fait face à certaines difficultés dans ton parcours artistique? Lesquelles?

Au début, en tant que novice, c’étaient des difficultés de base : comment est-ce qu’on fait ça? Comment on photographie en format RAW? Comment on crée un site Web? À quel moment est-ce que je peux me dire photographe, après une séance, deux, trois? Combien devrais-je facturer? Comment me faire payer? Comment faire connaître mon travail? Comment faire pour équilibrer les valeurs autochtones qu’on m’a enseignées – l’humilité et la gratitude – et ma fierté quand je prends de bonnes images? Quelles sont mes responsabilités quand je photographie mes pairs lors d’activités culturelles ou privées? Il y a avait tellement de questions, sur la photographie en générale, et sur mon identité de photographe autochtone. Le seul moyen, s’était de me lancer.

Aujourd’hui, mes difficultés ont plutôt à voir avec ma démarche créative. Je veux commencer à créer plus de collections d’images, en apprendre plus sur les arts visuels et, on peut rêver, exposer certaines de mes œuvres dans une galerie. Je veux remettre en question les stéréotypes visuels. Je veux montrer l’humour des communautés autochtones. Je veux saisir la sensualité et la force de nos peuples. La plupart de ces choses sont encore un mystère que j’éclaircis petit à petit, mais c’est un cheminement qui en vaut la peine.

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Photo par Tenille Campbell

Peux-tu nous parler du volet mentorat du blogue? Comment les gens peuvent y participer?

Nous avions décidé dès le début que nous voulions que le blogue s’adresse à la communauté. Le moyen le plus simple, c’était l’idée du mentorat. On voulait utiliser nos compétences pour faire notre part pour la communauté. Pour l’instant, ça veut dire que nous devons tous guider au moins une personne pendant un an. Ça peut être en personne, en ligne, en les invitant à participer à une séance, en faisant des commentaires sur leur portfolio, etc.

Chaque mentor fait à sa façon et a ses préférences quant au type de personne qu’elle souhaite accompagner, mais en ce qui me concerne, j’ai lancé un appel aux femmes autochtones et artistes de Saskatoon, et j’ai sélectionné une photographe émergente. On a eu une bonne conversation, qui a duré des heures. J’en suis sortie inspirée et heureuse. Les personnes que nous suivons doivent écrire un billet sur ce qu’elles ont appris. Quand j’ai lu celui d’Elicia, il m’a semblé qu’on s’était vraiment comprises, et qu’elle avait tiré de l’expérience beaucoup de matière à réflexion et de choses à développer.

Qu’as-tu appris des autres contributrices?

Je les admire toutes. J’ai le travail photographique de Joi, son exploration de vieilles photos de famille et de ce qu’elles nous disent au sujet de la mémoire, de la narration et de la parenté. J’aime le talent brut qui pointe dans le travail de Caroline. C’est une de nos photographes amateures, et c’est fascinant de la voir trouver et peaufiner sa voix, et de voir comment sa photographie recoupe son travail de perlage et ses travaux d’aiguille. Je suis le travail de Claudine depuis longtemps. Elle a un talent inné pour saisir de vrais sourires et de vraies émotions dans ses clichés. Le travail de Shawna me rappelle pourquoi je me suis lancée en photographie : pour photographier les gens de nos peuples, comme ils sont. Les clichés d’Amanda me donnent envie d’aller dehors et de saisir cette lumière, et la façon dont elle reste consciente de son statut de visiteur en territoires non cédés, respectueuse des traditions, des coutumes et des gens, sont des qualités auxquelles j’aspire. Jessica nous parle d’implication personnelle, tant au niveau politique que communautaire, et du fait que cela ne s’arrête pas une fois l’activité ou l’événement terminé.

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Photo par Joi T Arcand

Qu’envisages-tu pour l’avenir du blogue?

Nous allons terminer l’année 2016 en partageant nos histoires et notre lumière. Nous avons parlé de nous rencontrer en fin d’année, car certains d’entre nous ne nous sommes jamais vus, pour parler, prendre des photos, manger bien sûr, et rire. C’est un grand projet.

Il est trop tôt pour dire si nous allons continuer Tea & Bannock une autre année, mais je pense que le blogue s’est avéré être un refuge et un lieu d’encouragement pour les artistes. Et si je me laisse aller à rêver, ce que je fais souvent, j’aimerais bien que Tea & Bannock devienne un imprimé, d’une façon ou d’une autre. Ça serait vraiment bien de voir d’autres artistes se joindre à nous pour une fin de semaine, une sorte de séjour créatif avec des séances photo, des aliments locaux préparés par des chefs autochtones, et pour finir, une table ronde pour faire le bilan du chemin parcouru et choisir un nouveau cap. Mais pour l’instant, l’objectif, c’est de continuer à nous encourager les uns, les autres, de nourrir ces nouvelles amitiés, d’échanger nos connaissances et nos expériences.

Et peut-être aussi d’échanger des recettes de bannock.

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