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Enseigner l’histoire autochtone dans les écoles de journalisme

Le journalisme peut changer l’opinion publique, pour le meilleur. Les journalistes eux-mêmes peuvent influencer le cours de l’histoire, mettre en évidence des problèmes sociaux, influencer les politiques et les décideurs. Leurs écrits sont déterminants dans la façon dont les Canadiens comprennent leur pays.

Il est difficile de nier, cela dit, que les médias canadiens ont leurs défauts, et qu’ils donnent parfois une représentation trompeuse de certaines communautés.

Ils sont prisonniers du prisme colonial depuis toujours, mais beaucoup de gens prennent maintenant la peine d’y réfléchir à deux fois et de se poser des questions sur la représentation des Autochtones à la télévision, dans les journaux et sur les sites Web de nouvelles et d’information.

La Commission de vérité et réconciliation a formulé 94 appels à l’action, dont le 86e qui s’adresse particulièrement aux écoles de journalisme au Canada, leur demandant d’inclure obligatoirement l’histoire autochtone au programme de tous leurs étudiants : « Nous demandons aux responsables des programmes d’enseignement en journalisme et des écoles des médias du Canada d’exiger l’enseignement à tous les étudiants de l’histoire des peuples autochtones, y compris en ce qui touche l’histoire et les séquelles des pensionnats, la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, les traités et les droits des autochtones, le droit autochtone de même que les relations entre l’État et les Autochtones. »

L’université Carleton, à Ottawa, a déjà pris des mesures en ce sens.

Hayden King est un spécialiste reconnu de l’histoire autochtone, des politiques et des relations internationales. Il est Pottawatomi et Ojibwé de la Première nation Beausoleil de Gchimnissing en Huronie, Ontario. Il va enseigner en 2017 un nouveau cours portant sur les questions autochtones aux étudiants en journalisme de quatrième année à Carleton.

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« Il y a une poignée de stéréotypes très répandus, allant des chefs corrompus aux sauvages militants, dit M. King, mais je pense que cette représentation trompeuse va plus loin que la simple mauvaise représentation, et relève souvent de l’image que donnent les journalistes des questions autochtones aux Canadiens. On nous décrit souvent comme des fardeaux pathétiques dans les reportages au sujet des problèmes sociaux, ou comme des chasseurs-cueilleurs primitifs chaque fois qu’une protestation a lieu. »

M. King dit que son cours sera très orienté sur l’histoire, notamment celle de l’émergence du Canada et des « contours de nos relations collectives ». Il donnera aussi à ses étudiants l’occasion de réfléchir de façon critique aux représentations contemporaines problématiques des personnes autochtones dans les médias, et à un ensemble de pratiques exemplaires pour couvrir les sujets autochtones.

L’université Carleton n’est pas la seule école à offrir ce genre de cours à ses journalistes en herbe  

Duncan McCue, de CBC News, enseigne un cours aux étudiants diplômés portant sur les reportages dans les communautés autochtones   à UBC. Duncan McCue est Anishinaabé et membre de la Première nation Chippewa de Georgina Island, dans le sud de l’Ontario. En 2011, l’université Stanford lui a offert la chaire de recherche Knight, où il a créé un Guide pour les journalistes qui travaillent sur des sujets autochtones.

L’université Ryerson, à Toronto, cherche actuellement à mettre à jour son programme de journalisme pour inclure davantage de cours sur les peuples et les questions autochtones au Canada.

« Pour moi, la réconciliation, c’est en partie une question de transformation de la société canadienne, dit M. King. Les journalistes jouent un rôle tellement important dans nos conversations quotidiennes, dans nos décisions politiques, et même dans la façon dont nous nous percevons nous-mêmes. »

Voilà pourquoi il est si important qu’ils aient à leur disposition les outils et les connaissances dont ils ont besoin pour couvrir correctement la diversité d’expériences, les défis et les réussites des Premières nations, des Métis et des Inuits.

« Si nous pouvons former les journalistes à représenter de façon correcte et juste les sujets autochtones, ça pourra peut-être changer le ton et la teneur des conversations autour de la politique et de l’identité, conclut M. King. Le journalisme peut changer la façon dont les Canadiens pensent et agissent dans le monde. »

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