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Mort de Colten Boushie : réflexion sur le système colonial en Saskatchewan

Les peoples autochtones et leurs alliés doivent faire front face à l’ignorance qui mène au racisme dans les Prairies, écrit Nickita Longman

Les deux semaines passées nous ont tristement rappelé que le racisme est toujours bien présent dans les Prairies. Après le meurtre brutal de Colten Boushie, un jeune Autochtone de 22 ans, aux mains de Gerald Stanley, un agriculteur, la Saskatchewan a révélé au monde ses divisions profondes.

Les médias sociaux sont devenus la plateforme d’expression d’un racisme virulent qui est sorti des marges pour déborder jusque dans l’opinion publique générale. Le racisme est devenu si évident que le premier ministre de la province, Brad Wall, (qui n’est pourtant pas connu pour ses relations harmonieuses avec les Autochtones) a lancé un appel au calme, déclarant que la haine « n’avait pas sa place en Saskatchewan ». Cette condamnation publique n’a fait qu’irriter encore plus les intolérants, qui ont redoublé d’ardeur dans leurs commentaires.

L’argument le plus commun, et qu’on n’entend que trop, en faveur de Stanley, s’inscrit dans une rhétorique vague selon laquelle il cherchait à protéger sa propriété contre un groupe de jeunes autochtones dont la voiture était tombée en panne. Autrement dit, un colon s’est attribué le droit de tuer un Autochtone pour affirmer sa dominance sur un territoire donné. Ça vous rappelle quelque-chose?

Voici une petite leçon d’histoire qui reste pertinente aujourd’hui : le colonialisme est alimenté par le capitalisme, le capitalisme est alimenté par l’avarice, et l’avarice tue.

Il est aussi bon de rappeler ce qu’on entend par « territoire ». Le meurtre qui a eu lieu le 9 août a été perpétré sur le territoire du Traité No 6. On ne peut souligner assez que la façon dont les colons envisagent le territoire est directement liée à la façon dont ils envisagent les peuples Autochtones. Les Autochtones et leurs terres ne font qu’un; on ne peut pas les séparer. Si un colon est incapable de respecter les traités et les territoires concernés, comment pourrait-il respecter une vie autochtone? Tout cela est flagrant dans le racisme avoué et les actes de Stanley et de ses défenseurs. Mais alors, que faire si l’on est à la fois colon et allié?

Le procès de Stanley montre clairement que les Autochtones se serrent les coudes et se protègent mutuellement. On ne nous a pas laissé le choix. Jamais dans l’histoire de nos relations avec les colons une tierce partie ne s’est portée à notre défense. Faire le deuil, encore une fois, d’une vie autochtone est incroyablement douloureux. S’organiser pour se faire entendre, à tous les niveaux, est épuisant. Nous devons nous appuyer sur nos alliés et leur demander de répondre à l’appel pour se confronter à l’ignorance et au racisme qui sont trop fréquents, surtout après un triste événement comme celui que nous venons de vivre. Nous avons besoin que nos alliés remettent en question les mentalités coloniales qui persistent au sein de la GRC, du public, des médias locaux et du système judiciaire. Nous avons besoin que nos alliés les poussent à répondre de leurs actes.

À la communauté autochtone, je dis ceci :

Continuons de gagner en nombre et en force. Continuons de prendre notre place et de protester face au colonialisme. Continuons de nous épauler les uns les autres, de faire vivre nos traditions, nos cérémonies et nos terres.

Nickita Longman vient du territoire du Traité No 4 de l’île-de-la-Tortue. Originaire de la Première nation de George Gordon, elle a obtenu un baccalauréat d’anglais de la First Nations University of Canada en 2013. Elle est publiciste aux Presses de l’université de Regina et coordinatrice des programmes autochtones pour la Saskatchewan Writers’ Guild de Regina.

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